La France et la Russie : longue histoire d'échanges culturels

Quand deux cultures se rencontrent, il y a des stéréotypes qui se forment de chaque côté. Traditionnellement, le porteur de « ma culture » est perçu comme culturellement proche, quand le membre d'un autre groupe culturel est perçu comme « étranger » : par exemple, en France ce sera une division en « français-étranger », en Russie, « russe-étranger ».

Dans la Russie du début de XIX siècle l'opposition « russe-étranger » a été identique à « russe-français », tout ce qui a été perçu étranger, a été nommé français; c'était certainement explicable par l'invasion récente de Napoléon. Vers la fin de XIX, on nomme déjà « étranger » comme « germanique », « allemand » (« немец»), lié à son tour avec l'ambiance politique de l'époque. Une certaine opposition est perceptible dans cette division : étranger, donc, opposé; autrement dit, une opposition « naturel – pas naturel ».

Historiquement, la Russie a une place particulière dans les relations entre les pays européens. Étant géographiquement placée entre deux mondes quasi opposés: l'Europe et l'Asie; la Russie a développé une troisième voie, composant avec les éléments culturels asiatiques et européens.

Le pays russe était perçu « autrement », « étrangement », d'abord en tant qu'un pays de barbares à l'époque de l'Empire Romain, ou en tant que alliés de l'empire Byzantin, au début du christianisme de la Russie. Le schisme de 1054 a approfondi cette opposition et depuis l'Europe est divisée en monde papiste et en monde du Patriarcat orthodoxe.

Le degré d'ouverture culturelle d'un pays a un fondement politique ; l'ouverture des frontières, la facilité de circulation entre les pays porte sa contribution dans la connaissance du pays. Dans ce sens l'histoire des relations entre la Russie et la France est longue et différente. Sans prétendre d'être exhaustifs, nous allons marquer ses moments-clé.

 

 L'histoire des relations franco-russes commence au milieu du XIe siècle, quand Anne de Kiev, fille de Iaroslav le Sage, épouse Henri Ier, petit-fils d’Hugues Capet, et devient la reine de la France.  Le point de départ des relations diplomatiques entre les deux pays est l'installation du premier ambassadeur russe en France en 1717, à l'époque de Pierre Ier.

 Une vraie croissance de l'intérêt pour la culture et la vie intellectuelle de la France arrive à l’époque de Catherine II qui admirait Montesquieu, était en correspondance avec Voltaire, acheta la bibliothèque de Diderot et celle de Voltaire. En même temps l’intérêt des Français envers la Russie montait également. Mais en 1793 les relations diplomatiques entre la France et la Russie ont été rompues suite à la révolution française à laquelle l'impératrice russe était opposée. La Russie accueillait alors les aristocrates émigrés de la France révolutionnaire ou ceux qui étaient en opposition avec les pouvoirs. Germaine de Staël, une romancière et essayiste française, connue par son opposition à Napoléon, fut accueillie en Russie en 1812 ; ses impressions de son séjour en Russie sont décrites dans la deuxième partie de son livre «Dix années d’Exil» (1821).

L’année 1812 est l’année de la guerre entre la Russie et la France. Après des combats sanglants sur le territoire de la Russie et de Europe, la France fut reconnue vaincue en 1814. Étonnement, cette guerre n’a pas eu une grande influence sur les relations culturelles entre les pays. En 1853 à la suite d’un conflit diplomatique la France et l’Angleterre déclarèrent la guerre à la Russie, guerre qui finit par le traité de Paris de 1856 ; les relations diplomatiques sont reprises l'année plus tard, en 1857. La Russie participe même à l’exposition universelle de Paris à partir de 1867. En 1878, par exemple, au Palais du Champ de Mars, le public découvrait pour la première fois que l’électricité produisait de la lumière grâce à la bougie électrique (la première ampoule électrique) du Russe Jablochkoff.

 En 1874, le professeur Louis Léger a initié à l’École des langues orientales l’enseignement du russe. Ensuite la langue russe a été introduite dans les programmes des écoles militaires. On peut déjà constater un intérêt mutuel entre les deux pays. Le russe entra dans les programmes universitaires de Lille, de Bordeaux, de Dijon et de Cannes.

 La construction du Pont Alexandre Ier à Paris fut le point culminant des relations franco-russes à la fin du XIX siècle ; ce pont était destiné à symboliser l'amitié franco-russe, instaurée par la signature de l'alliance de coopération militaire conclue en 1891 entre l'empereur Alexandre III et le président de la République française Sadi Carnot.

 Les saisons russes de Diaghilev sont un excellent exemple de la reconnaissance de la culture russe en Europe. Débuté en 1909, ces saisons ont fait découvrir le ballet russe, enrichi par les éléments de folklore russe, éléments historique, éléments des contes, peinture russe.

 Pendant la période de Première Guerre Mondiale la France est le premier créancier de la Russie et son premier partenaire économique. La révolution russe de 1917 fatale pour tout le pays, agit, bien entendu sur les relations avec la France. La culture et le monde artistique de la Russie a été frappée par les morts, les répressions et l'émigration forcée. A ce moment la société française se divise en ceux qui acceptaient le nouveau régime et ceux qui y sont opposés. Parmi tous les pays, c’est la France qui accueille la plus grande partie des exilés russes (on peut comparer cela à l'accueil des exilés politiques après la révolution française de 1789).

 Au niveau diplomatique la France reconnut l’URSS en 1924 par un télégramme au président du Conseil des Commissaires du Peuple. Désormais les relations entre les deux pays sont encadrées par le régime soviétique de la Russie.

 Pendant la deuxième guerre mondiale les relations entre les deux pays furent marquées par l'exemple de l'escadrille connue comme « Normandie Niemen ».

 Le rideau de fer a séparé les russes des autres pays à quelques exceptions de pays de l'Europe de l'Est. Il faut quand même remarquer que la France, par certaines raisons politiques (entre autres, son régime républicain), a été le pays capitaliste le plus autorisé en URSS.

 

 Après la disparition de l'URSS en 1991 les relations culturelles entre les deux pays ont pris une nouvelle forme, elles sont devenues décentralisées et directes. Depuis que les frontières sont devenues plus accessibles et faciles à traverser, les échanges culturels sont plus fluides et vastes.

 

Qui sont les communicants de la culture russe en France?

 

 Ce sont les communautés de personnes, réunies par leur passion pour la langue russe ou par leur appartenance à la culture russe – les associations franco-russes ; c'est aussi les nombreux restaurants de cuisine russe, souvent tenus par des ressortissants de la Russie. La musique et la littérature sont aussi les acteurs de cette communication. Enfin, le tourisme porte sa contribution et la culture russe communique à travers les témoignages de ceux qui ont visité la Russie. Dans ce dernier cas, la communication de la culture russe porte un caractère indirect, déjà interprété par les premiers observateurs.

 

 Les stéréotypes culturels circulent. Si avant le manque d'information était causé par le rideau de fer et les stéréotypes culturels étaient principalement basés sur les informations reçues encore avant la Révolution de 1917, après la chute de l'URSS il y a plus de vingt ans, les stéréotypes sur la Russie ont peu évolué en France. Il y a toujours le Kremlin, les balalaïkas, les matriochkas, les plaines immenses enneigées, les gens qui s'habillent en chapkas et se réchauffent avec de la vodka et du samovar. L'époque soviétique a rajouté à cette séquence les communistes (« bolcheviks ») et toute la symbolique soviétique. En ce qui concerne la littérature, on peut entendre parler des écrivains Tolstoï et Dostoïevski; la musique est associée au compositeur Tchaïkovski et, enfin, dans le domaine de la culture scientifique, le premier homme dans l'espace, Gagarine.

 Le déficit d'information a favorisé l'ancrage des stéréotypes trop schématisés et leur a permis de s'y attacher profondément.

           

STÉRÉOTYPE DE SOURIRE RUSSE

 

Un stéréotype sur les représentants de la culture russe qui circule est la tristesse, la froideur, le manque de sourires. Comme conséquence, les Russes qui ne sourient pas sont perçus comme des personnes sombres.

 Dans le monde occidental le sourire est une norme de comportement, un stéréotype culturel d'appartenance aux bonnes manières, un signe de culture comportementale. Le sourire est un signe de la culture, c'est une tradition, une coutume: les lèvres tendues montrent que vous n'avez pas d'intentions agressives, vous n'allez pas voler ou tuer. C'est une façon formelle de démontrer aux autres son appartenance à cette culture, à une société donnée. Dans le monde occidental, le sourire est en même temps un signe formel de la culture, qui n'a rien à voir avec le fait que vous êtes souriant, et, bien sûr, comme pour tous les hommes, le sourire est une réponse biologique aux émotions positives (en russe, seul ce dernier est engagé).

 En Russie la mentalité est différente, les traditions sont différentes, la façon de vivre est différente, la culture est différente. L'enjeu du sourire est quasi contraire. Plus le statut social d'une personne est haut, plus sérieuse doit être à son image. Sourire dans une situation où une personne prétend à un poste supérieur est complètement hors de propos, il ne fera que paraître comme une personne insouciante, ignorant la responsabilité de l'entreprise et qu'on ne peut donc pas lui faire confiance. Pour les russes un sourire est une réaction émotionnelle positive et n'a pas d'éléments de comportement tels que chez les européens.

 C'est ainsi que, les expressions faciales, les gestes, les mouvements du corps composent une couche de signes kinesthésiques rentrant dans le système de symboles individuels utilisés dans la vie quotidienne des différentes cultures.